Un tableau de Charles Angrand en vente à Poitiers le 18 novembre prochain

Coin du parc Monceau, 1888, huile sur toile, signée et datée « 88 » en bas à gauche, 46 x 55 cm

Provenance :
Dr René Matton, puis conservé dans sa descendance

Expositions :

  • –  1889 janv. «Deuxième Exposition de la Société des 33», Galerie Georges Petit, Paris. Selon toute vraisemblance, notre tableau a été exposé sous le n°6 Au Parc Monceau
  • –  1890 Société des Artistes Indépendants, 6ème Exposition, Paris. Selon toute vraisemblance, notre tableau a été exposé sous le n°15 Un coin de parc.Lettre à Charles Frechon en février 1890 ( Archives F.L) :Mon cher, j’ai reçu la lettre à Criquetot où j’ai été retenu trois semaines par l’influenza de Paris.

    (…) Toutefois ce n’est pas ce qui entrave mon travail mais bien plutôt la flânerie. Hélas c’est une condition d’existence pour moi cette flânerie. Travailler d’arrache- pied n’est pas mon fait.

    Aussi je « signe » peu. Voici l’exposition des Indépendants qui va s’ouvrir le 10 mars et je n’aurais que des vieilleries à montrer, des choses déjà vues chez Petit si j’en excepte mon effet de brume et ma toile de vingt inédits inachevée encore et qui représente comme toujours un coin de ferme : le transport des fumiers…. »

    Nous remercions Monsieur François Lespinasse de nous avoir aimablement confirmé l’authenticité de cette oeuvre.

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Un Coin du parc Monceau (photo de détail)

Charles Angrand est né le 19 avril 1854 à Criquetot-sur-Ouville au coeur du pays de Caux. Son père est l’instituteur du village depuis 1849. Il souhaite voir son fils embrasser cette même carrière, ce sera le cas de Maria (née en 1852) et Paul (né en 1868)

Après ses études primaires, il vient à Rouen et suit brillamment les cours de l’Ecole normale. Puis est nommé répétiteur au Lycée Corneille de Rouen en octobre 1873, mais il souhaite aussi devenir peintre.

Il suit les cours de l’Académie de Peinture et de Dessin sous la conduite de Gustave Morin et opte pour la peinture de plein air.

En 1878, il participe au 28 ème salon municipal de Rouen avec “Fleurs des champs” puis en 1880 avec “La Gare Saint-Sever” et, en 1882 avec “Gardeur de dindons”, tous deux déchaînent la critique contre lui. Charles Angrand quitte Rouen en octobre 1882, pour un poste de maître-répétiteur au Collège Chaptal, 45 boulevard des Batignolles, collège fondé en 1844 par Prosper Goubaux. Le Collège est proche de la gare Saint-Lazare et de la place Clichy, du parc Monceau. Il va y rester jusqu’en 1896. Au Collège Chaptal, il va consacrer son temps libre à la peinture.

Il tente le Salon de 1883 et 1884, mais est refusé.

Charles Angrand expose au groupe des Jeunes Artistes, puis des Artistes Indépendants et va participer à la mise en place de la Société des Artistes Indépendants; il en est membre fondateur, et rencontre Seurat, Signac, Dubois-Pillet, Redon, Fénéon … Georges Seurat lui achète “Fleurs des champs”.

En 1886, il expose aux Indépendants, puis pendant l’été à Criquetot-sur-Ouville réalise sa première toile selon la méthode de Seurat “Un Coin de ferme” (localisation inconnue). Il l’expose au salon municipal de Rouen où elle crée stupéfaction. Il s’entretient avec Van Gogh, en octobre, à Paris.

L’année suivante, il poursuit ses toiles divisées ( l’Accident, les Moyettes..) expose chez Georges Petit à la première expositions des 33.

En 1888, il peint avec Seurat à la Grande-Jatte et seul, au Parc Monceau. Il écrit à son ami Dezerville “j’en profite pour commettre à la Gde Jatte un paysage naturellement insulaire et aussi le parc Monceau dans les coins, coins verdoyants et ombreux”. A ses parents : “Aujourd’hui, je délaisse pour une séance le parc Monceau pour mettre à jour ma correspondance. (…) devant le beau temps je n’ai pu résister à aller à la Grande Jatte (…) Maintenant que les journées sont favorables, j’en profite. Je pars à midi 1/2 pour la Jatte et je n’en reviens que vers 7 heures et plus tard (…) j’y suis en compagnie de Seurat qui lui aussi depuis 4 semaines fait journellement le voyage.”

Pendant l’été, il expose à Rouen une toile divisée “Les Moyettes” dans la vitrine du marchand Legrip.

En fin d’année il participe à la deuxième exposition des 33 chez Georges Petit avec : 1) La Basse-cour, 2) le Pâturage, 3) La Moisson, 4) Le Verger, 5) La Seine, 6) Au Parc Monceau, 7) Sur la berge, 8) A la Grande- Jatte, 9) Coin d’ile.

La mort de Georges Seurat survient le 29 mars 1891. Charles Angrand était à ses côtés le jour du vernissage de la septième exposition des Artistes Indépendants. Seurat y expose cinq oeuvres dont “Cirque” Charles Angrand figure au premier rang des spectateurs de ce tableau conservé au Musée d’Orsay. C’est dire combien il a été proche de l’inventeur du divisionnisme.

Provenance

“Un coin du Parc Monceau” a appartenu au Docteur René Matton (1861-1938) Elève au Collège Chaptal, interne des Hôpitaux de Paris, médecin-thermaliste à Salies-de- Béarn. Cet opus est consigné dans le Memorandum manuscrit des oeuvres données et vendues ( Archives F.L)

François Lespinasse