Une découverte exceptionnelle à l’Hôtel des Ventes de Pau

 

Selon l’avis n°2017-01 de la commission consultative des trésors nationaux, publié le 1er février 2017, ce plâtre de Rodin a été classé trésor national par le ministère de la culture et de la communication. 

« considérant que le bien pour lequel le certificat d’exportation est demandé est une remarquable épreuve en plâtre, datant probablement de 1885 et récemment réapparue, d’Auguste Rodin (1840-1917) (…) que ce rare exemplaire récemment redécouvert, sans doute le premier de cette oeuvre, constitue, par son ancienneté et ses caractéristiques techniques, un jalon capital, susceptible de permettre d’approfondir la connaissance du processus de création de ce grand artiste de la seconde moitié du XIXe siècle, qui a tracé la voie à la sculpture moderne. »

 

 

Communiqué de presse

Gestas & Carrère , commissaires-priseurs

Cabinet Maréchaux 

 

Découverte exceptionnelle à l’hôtel des ventes de Pau

Un plâtre de Rodin classé trésor national

Conférence présentation de l’œuvre le 31 mars

par Madame Elisabeth Maréchaux, expert

Après avoir clôturé l’année 2016 par la vente record d’un dessin d’Andréa del Sarto pour la somme de 3 936 000 euros, les commissaires-priseurs de l’Etude Gestas & Carrère ouvrent le millésime 2017 par une découverte exceptionnelle: un grand plâtre d’Auguste Rodin, actuellement assuré pour un montant de 700 000 euros, que le Ministère de la culture vient de classer Trésor National. Tous les amateurs, avertis ou non, à venir assister à une conférence au cours de laquelle l’œuvre sera exposée en avant-première et commentée par l’expert, Madame Elisabeth Maréchaux.

Une double découverte

Les commissaires-priseurs de l’étude Gestas & Carrère rencontrèrent ce grand plâtre une première fois en 2013 dans des conditions abracadabrantes. Il fut identifié mais non expertisé. Ils ne savaient pas qu’ils le retrouveraient trois ans plus tard à l’occasion d’un inventaire réalisé à la requête du Cabinet de généalogie Coutot-Roehrig.

Après avoir longtemps décoré un appartement palois, puis pendant quelques mois une chambre d’un établissement médical du Pays Basque, cette sculpture fut retrouvée dans un grand carton au fond d’un conteneur d’un garde-meuble biarrot. Passé l’enthousiasme mais toujours éblouis par la qualité de la pièce, Franck Morrisset du Cabinet Coutot-Roehrig et Patrice Carrère décidèrent de faire d’analyser l’œuvre en profondeur en sollicitant le cabinet d’expertise d’Elisabeth et Philippine Maréchaux.

Œuvre ou chef d’œuvre ?

Cette grande pièce de 72 cm dégage instantanément une impression de puissance : un homme nu, porte tous muscles dehors, l’échine cambrée, à la limite de la rupture, une jeune femme dans une étonnante position accroupie. La presque totalité de son corps tient dans le creux des bras de l’homme qui dans un effort désespéré tente de retenir ce qui ne peut l’être et rendre leur amour éternel. Le mouvement est comme suspendu, l’équilibre est instable. Nous sommes dans le sublime. La signature « A Rodin » est incisée dans la terrasse.

Le sujet est superbe et la signature on ne peut plus prestigieuse, mais il en fallait un peu plus pour crier au chef d’œuvre car la grande majorité des plâtres sont des moulages d’œuvres, des alternatives bon marché à l’édition de bronzes dont ils portent même parfois la patine afin d’entretenir le doute. Ce sont les parents pauvres du marché de la sculpture.

L’intervention de Monsieur Jérôme Leblay du Comité Rodin, rédacteur du catalogue raisonné de l’œuvre d’Auguste Rodin fut, à ce titre, déterminante. L’œuvre fut transportée à Meudon dans les ateliers du Maître, aujourd’hui annexes du musée Rodin. Elle fut confrontée aux moules conservés en ces lieux. De toute évidence, ce plâtre a été réalisé en 1885 ou 1886, il est une des premières versions, probablement la toute première de cette sculpture, celle sur laquelle la main du maître a passé le plus de temps, celle dans laquelle sont gravés l’acte créatif et l’émotion qui l’a généré. Ce plâtre est le point de départ d’une des plus grandes créations réalisées par Auguste Rodin « Je suis Belle » une « illustration » au poème de Charles Baudelaire « la Beauté » débutant ainsi : « Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre… ». La sculpture fut même intégrée sous forme de haut relief au grand œuvre de Rodin, la célèbre porte de l’enfer.

Ce plâtre est un chef d’œuvre, un rêve de plâtre !

Un trésor national

La direction des Musées de France ne s’y est pas trompée. Consultée dans le cadre de la préparation de la future mise en vente afin qu’elle se prononce sur la possibilité d’exportation, elle a émis un avis négatif. Cet avis a été suivi par Madame Audrey Azoulay, Ministre de la Culture dont l’arrêté entraine le classement de l’œuvre en Trésor National et la confirmation de l’exceptionnalité de cette découverte.

L’œuvre ne pourra pas être exportée pendant 30 mois. Elle est actuellement assurée pour un montant de 700 000 euros.

Estimations, Présentation, Conférence : une journée dédiée à l’Art des XIXème et XXème siècles

Ce vendredi 31 mars, à 19h à l’issue de l’exposition de la vente qui se déroulera le lendemain, l’expert, Madame Elisabeth Maréchaux et le commissaire-priseur, Patrice Carrère, présenteront et commenteront cette pièce exceptionnelle.

Les possesseurs de tableaux et de sculptures des XIXème et XXème siècle pourront prendre rendez-vous pour présenter leurs œuvres à Madame Maréchaux qui les expertisera et les estimera gratuitement entre 10h et 19h.

Quand ?

Vendredi 31 mars
Journée d’estimations gratuites sur rendez-vous de 10h à 12h et de 14h à 19h Conférence à 19h

Où ?

Hôtel des ventes de Pau, Etude Gestas & Carrère, 3 allées Catherine de Bourbon

Informations et contact presse

Patrice Carrère 05 59 84 72 72

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre, Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour, Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ; J’unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ; Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments, Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles : Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire, (Les Fleurs du Mal)

 

 

 

Voir les articles suivants : 

Le Figaro 

Connaissance des Arts

La république des Pyrénées

Dossier pédagogique du Musée RODIN

LCI

EUROPE 1

L’Eternel Printemps d’Auguste RODIN

L’éternel Printemps exposé à Drouot

Adjugé 1 550 000 au marteau, soit plus d’1 950 000 euros frais compris

 

Voir l’article du Figaro du 22 mars : 

http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2017/03/22/03015-20170322ARTFIG00319-un-rodin-s-envole-a-pres-de-2-millions-d-euros-a-drouot.php

 

 

Fraysse et Associés, Drouot Richelieu, Paris, salle 13                   

 mercredi  22 mars 2017

 

AUGUSTE RODIN     1840-1917

Eternel Printemps, premier état, taille originale – variante type B, conçu vers 1884

Epreuve en bronze patiné, signée ‘Rodin’ sur le côté droit du rocher, porte le cachet ‘Griffoul et Lorge, fondeurs à Paris’ à gauche de la terrasse. Le Comité Rodin a indiqué que cette épreuve avait probablement été fondue entre 1887 et 1894

63,8 x 68 x 41 cm

Provenance :

M. Dufourny, Paris,

Galerie Bielle, Compiègne (vers 1971),


Collection privée

Répertoriée dans les archives du Comité Rodin en vue de la publication du Catalogue Critique de l’Oeuvre Sculpté d’Auguste Rodin actuellement en préparation à la galerie Brame et Lorenceau sous la direction de Jérôme Le Blay, sous le numéro 2008-1966B

 

Conçu originellement pour surplomber Les Portes de l’Enfer, Auguste Rodin, décida très vite de ne pas y maintenir ce groupe à cause de la dissonance trop grande entre ces amants heureux et le tragique du sujet. Il garda seulement le torse d’Adèle, que l’on retrouve à gauche du tympan. D’après Antoinette Lenormand Romain*, ce groupe, longtemps sans nom, semble avoir connu son existence propre,  dès 1886. D’abord appelé Le Printemps, on voit apparaitre le titre de L’Eternel Printemps pour la première fois en 1900.

Il existe deux “états” ou version  de L’Eternel Printemps, un premier conçu vers 1884 et un second en 1898.

– Le premier état, le nôtre, conçu vers 1884, fondu à une dizaine d’exemplaire par « Griffoul et Lorge » avant 1900 et pour lequel il y aura ensuite des fontes posthumes éditées par le Musée Rodin et fondues par Alexis puis Georges Rudier.

– Le deuxième, d’après un marbre terminé en 1898 et qui servit de base à l’édition de bronzes dont Gustave Leblanc-Barbedienne obtint  de Rodin l’exclusivité de la réduction et de la reproduction  pour vingt ans, le 6 juillet 1898.

Cette édition, en quatre tailles, nuisit au modèle d’origine qui ne reparut qu’après la mort du Maître avec ces fontes posthumes réalisées par le Musée Rodin.

Ces deux états diffèrent par la terrasse beaucoup plus importante dans le deuxième état et par la présence d’un élément de végétation qui soutient le bras gauche du jeune homme.

Du premier état, le comité Rodin, distingue quatre variantes, (A, B, C et D).

Le bronze que nous vendons correspond à la variante type B, caractérisée notamment par sa façade au modelé très nerveux. En 2008, le comité Rodin répertoriait, dans ses archives, au moins cinq épreuves de cette variante, toutes réalisées du vivant de l’artiste.

* voir Antoinette Lenormand Romain, Rodin et le bronze, catalogue des oeuvres conservées au Musée Rodin, Paris, 2007, Tome I, p.331 à 337